Réserve d'Armontabo : quand Paris protège 156 000 hectares de forêt sans demander l'avis de la Guyane

Réserve d'Armontabo : quand Paris protège 156 000 hectares de forêt sans demander l'avis de la Guyane

7 juillet 2026 7 min de lecture
Réserve biologique intégrale d’Armontabo en Guyane : comprendre le décret de création, le rôle de l’ONF, les restrictions d’accès et les itinéraires possibles pour voyager dans l’Est guyanais sans enfreindre la protection de la forêt.
Réserve d'Armontabo : quand Paris protège 156 000 hectares de forêt sans demander l'avis de la Guyane

Réserve d'Armontabo : une protection intégrale qui rebat les cartes pour voyager en Guyane

Entre Régina et Saint Georges de l’Oyapock, la réserve biologique intégrale des pitons rocheux d’Armontabo change l’échelle de la protection forestière en Guyane. Sur 156 290 hectares de forêt tropicale continue, selon l’arrêté ministériel de création publié au Journal officiel de la République française (décret du 31 août 2023, JORF n°0204 du 2 septembre 2023), la France place désormais une partie majeure de son territoire sous protection forte, avec un statut qui interdit toute exploitation et limite strictement l’accès. Pour un voyageur attiré par la forêt guyanaise, ce nouveau périmètre protégé et la montée en puissance de la protection de la forêt imposent de repenser les itinéraires, les attentes et la manière d’entrer en contact avec ces espaces naturels.

Le ministère de la Transition écologique a confié la gestion de cette forêt domaniale à l’Office National des Forêts, qui devient l’acteur clé de la mise en œuvre du plan de gestion et des actions de surveillance. L’Office national des forêts (ONF) rappelle d’ailleurs très clairement : « Qui gère la réserve des Pitons rocheux de l'Armontabo ? L'Office National des Forêts (ONF). » Pour les voyageurs, cela signifie que toute visite éventuelle dans la réserve biologique intégrale, ou à proximité immédiate de ces pitons rocheux, passera par des autorisations encadrées et des missions de police de la nature renforcées, avec des demandes à adresser en amont aux services territoriaux de l’ONF à Cayenne (direction territoriale, avenue Léopold Héder, 97300 Cayenne, téléphone et courriel disponibles sur l’annuaire officiel) ou à l’agence ONF de Régina, joignable via la mairie ou la préfecture.

Ce classement en réserve intégrale s’inscrit dans une stratégie nationale : atteindre 10 % de territoire terrestre en protection forte, avec un rôle disproportionné confié à la Guyane. La création de cette réserve biologique intégrale, parfois abrégée en RBI des pitons rocheux d’Armontabo, porte à elle seule 72 % de l’effort national selon les chiffres communiqués par le ministère, ce qui nourrit un débat vif sur la gestion du territoire et le rapport de la Guyane à la France. Pour le voyageur, l’Est amazonien de la Guyane reste accessible, mais la frontière entre zones ouvertes au tourisme et réserves biologiques intégrales devient plus nette, et demande une préparation plus fine des séjours, en identifiant précisément les zones autorisées et les points d’accès fluvial ou routier, comme la RN2 entre Cayenne, Régina et Saint Georges ou les embarcadères sur l’Approuague et l’Oyapock.

Entre biodiversité sous cloche et accès restreint : ce que la réserve change concrètement sur le terrain

La protection intégrale mise en place à Armontabo repose sur un principe simple : la biodiversité d’abord, le reste ensuite. Dans cette forêt domaniale, la chasse est interdite, l’exploitation forestière proscrite, et les habitats naturels sont laissés en libre évolution pour préserver les espèces protégées et les écosystèmes les plus sensibles. On parle ici de forêts denses, de pitons rocheux isolés, de cours d’eau encaissés et de micro habitats où la biodiversité amazonienne se joue à l’échelle de quelques mètres carrés, avec des espèces rares que les scientifiques viennent étudier dans le cadre de missions encadrées, autorisées par le préfet et l’ONF sur la base du décret de création.

Pour les voyageurs, l’accès à cette réserve biologique intégrale reste très limité, avec des visites éventuelles encadrées par l’ONF et ses missions de police de la nature. Les agents de l’Office national des forêts contrôlent les intrusions, surveillent les espèces exotiques envahissantes, et veillent à ce que les espèces exotiques ne perturbent pas les équilibres locaux, dans une logique de protection stricte. Concrètement, il n’existe pas de sentier balisé ni de carbet touristique à l’intérieur de la réserve : on observe donc cette immensité de forêts et de rochers depuis ses marges, en privilégiant des excursions sur les fleuves, des randonnées en périphérie et des séjours en carbet dans les zones autorisées, en s’appuyant sur des opérateurs déclarés auprès des communes de Régina et de Saint Georges, qui peuvent préciser les zones de bivouac et les règles de navigation.

Cette mise en œuvre d’une protection intégrale s’inscrit dans un plan national de transition écologique, où la capture de carbone par les forêts tropicales devient un argument central face au changement climatique. Les hectares de forêt de la réserve contribuent à stocker du carbone, à préserver l’eau des cours d’eau et à maintenir des habitats pour des espèces protégées emblématiques de l’Amazonien de Guyane. Pour choisir des opérateurs responsables autour de cette zone, un bon repère consiste à se référer aux critères d’écotourisme authentique en Guyane, qui distinguent les vraies démarches de terrain du simple discours marketing, et à vérifier que les guides respectent les limites de la réserve, les consignes de l’ONF et les prescriptions du décret publié au Journal officiel.

Polémique locale, réserves biologiques et itinéraires de voyage : comment explorer l’Est guyanais sans trahir l’esprit des lieux

La décision de créer cette réserve d’Armontabo en Guyane et la protection de la forêt a été prise à Paris, et c’est précisément ce qui alimente la colère d’une partie des élus et des collectifs locaux. Le collectif Mayouri Pou Lagwiyann Désidé dénonce une absence de consultation réelle, tandis que des responsables politiques comme le président de la Collectivité territoriale de Guyane ou des maires de l’Est affirment ne pas avoir donné leur accord à ce classement en réserve biologique intégrale. En face, le ministère de la Transition écologique défend une politique nationale de protection des espaces naturels, en s’appuyant sur le parc amazonien de Guyane et sur d’autres réserves biologiques pour atteindre ses objectifs, en rappelant que le décret de création s’inscrit dans la continuité des engagements internationaux de la France et des annonces faites lors des conférences sur la biodiversité.

Pour un voyageur, cette tension entre Paris et la Guyane se traduit par une question simple : comment profiter de la forêt guyanaise sans participer à une forme d’extractivisme touristique, ni ignorer les enjeux de gestion locale du territoire ? La réponse passe par des choix concrets, comme privilégier des guides basés à Régina ou à Saint Georges, s’informer sur les actions de lutte contre l’orpaillage illégal, et comprendre comment les réserves biologiques s’articulent avec les zones de vie des habitants. Un bon point de départ pour saisir ces enjeux reste l’analyse de l’écotourisme guyanais face à l’orpaillage, qui montre comment les espaces naturels protégés sont parfois pris en étau entre économie informelle et ambitions nationales, et comment les collectifs comme Mayouri Pou Lagwiyann Désidé demandent une gouvernance partagée.

Sur le terrain, les voyageurs peuvent encore naviguer sur les cours d’eau de l’Est, dormir en carbet sur les rives de l’Approuague, ou partir à la recherche des grands arbres emblématiques de la canopée grâce à des ressources comme ce guide sur les arbres géants de la canopée guyanaise. La réserve d’Armontabo en Guyane et la protection de la forêt imposent simplement de rester en périphérie de la RBI des pitons rocheux, de respecter les limites des réserves et de laisser aux scientifiques le soin d’explorer ces pitons rocheux armontabo. Au bout du compte, voyager dans cette partie de la Guyane, c’est accepter que certains hectares de forêt restent hors d’atteinte, pour que la biodiversité amazonienne continue d’exister loin des projecteurs, avec pour seule bande-son le bruit du fleuve à l’aube et le rappel discret des décisions inscrites au Journal officiel.